L'essentiel en 30 secondes
- Votre profil de risque est public et gratuit : Géorisques, DDRM, DICRIM. Trente minutes suffisent.
- Une préparation efficace est sur mesure : on ne se prépare pas pareil en zone inondable et en centre-ville dense.
- Le plan familial tient sur une page : deux points de rendez-vous, un contact hors zone, des rôles, des documents.
- Un plan que la famille ne connaît pas, ou qui n'a jamais été testé, n'existe pas.
1. Pourquoi une préparation sur mesure
Le chapitre précédent vous a donné l'ordre des priorités ; celui-ci vous donne la cible. Car il existe une erreur que je vois partout, et qui gâche des budgets entiers : se préparer à des menaces génériques, vues dans une vidéo tournée dans le Montana, alors qu'on habite un troisième étage à Nantes.
Un appartement en centre-ville dense n'a pas les mêmes vulnérabilités qu'un pavillon en zone inondable, ni qu'une maison isolée à l'orée d'un massif forestier. L'un devra penser confinement, canicule et évacuation à pied ; l'autre batardeaux et documents en hauteur ; le troisième débroussaillage réglementaire et itinéraire de fuite. Même règle des 3, moyens différents.
La bonne nouvelle, c'est que vous n'avez rien à deviner. En France, l'information sur les risques est une obligation légale, et elle est remarquablement bien faite — simplement, presque personne ne la consulte.
« Le meilleur équipement de survie coûte zéro euro : c'est de savoir exactement ce qui peut vous arriver, là où vous vivez. »
2. Les trois sources officielles, gratuites
- Géorisques (georisques.gouv.fr). Le portail de l'État : vous saisissez votre adresse, il affiche les risques naturels et technologiques qui la concernent — zones inondables, retrait-gonflement des argiles, sites industriels, radon, séismes, mouvements de terrain. C'est le point de départ, et c'est spectaculaire de précision.
- Le DDRM, Dossier départemental sur les risques majeurs, publié sur le site de votre préfecture. Il recense tous les risques du département, explique leurs mécanismes et donne les consignes officielles associées. C'est le document que je conseille de lire en entier, une fois dans sa vie.
- Le DICRIM, Document d'information communal sur les risques majeurs, publié par votre mairie. La déclinaison locale, la plus concrète : quels risques ici, quelles sirènes, quels lieux de rassemblement, quelles consignes.
Ajoutez, si vous êtes propriétaire ou locataire, l'état des risques annexé à votre bail ou à votre acte de vente : il est obligatoire, et vous l'avez probablement signé sans le lire.
3. Établir votre profil de risque en six questions
Prenez une feuille. Répondez honnêtement. Ce document vaudra tout le reste du guide.
- Où ? Zone inondable ? Site Seveso ou centrale à proximité (voir la fiche Risques industriels) ? Massif forestier à moins de 200 mètres ? Axe de transport de matières dangereuses ?
- Quel logement ? Étage ? Sous les toits (invivable en canicule) ? Chauffage tout électrique ? Une seule sortie ? Cave inondable ?
- Qui ? Nourrissons, personnes âgées, mobilité réduite, traitements chroniques, animaux ? Chaque vulnérabilité change le plan.
- Quelle autonomie actuelle ? Ouvrez vos placards : combien de jours d'eau et de nourriture sans cuisson avez-vous, réellement, ce soir ?
- Quelles dépendances ? Électricité, pompe, ascenseur, voiture, réseau mobile, carte bancaire. Coupez-en une par la pensée : que se passe-t-il ?
- Quelles ressources ? Un voisin infirmier, un garage, un jardin, un puits, une compétence. On oublie toujours de compter ses atouts.
Croisez ce profil avec les probabilités : préparez d'abord ce qui est probable (coupure d'électricité, tempête, canicule) avant ce qui est spectaculaire. La règle de bon sens du risque : gravité × probabilité.
4. Comprendre l'alerte : qui vous préviendra ?
Un plan est inutile si vous apprenez la crise trop tard. Trois canaux officiels, à connaître avant.
- FR-Alert. Le dispositif d'alerte diffuse une notification sonore et les consignes sur tous les mobiles présents dans la zone menacée. Pas d'inscription, pas de données collectées. Vérifiez simplement que votre téléphone n'a pas désactivé les alertes d'urgence dans ses réglages.
- Le signal national d'alerte. Trois cycles d'une sirène montante et descendante d'une minute quarante-et-une secondes. Il signifie : mettez-vous immédiatement à l'abri et écoutez la radio. Il est testé le premier mercredi du mois à midi — vous l'avez entendu cent fois sans savoir ce qu'il commandait.
- La radio. France Bleu, France Inter et les stations locales relaient les consignes préfectorales. C'est le canal qui survit à la panne de courant et de réseau — d'où le chapitre Communication, et une radio à piles dans chaque foyer.
5. Le plan familial : une page, pas dix
Voici le livrable de ce chapitre. Une seule page, imprimée, affichée à l'intérieur d'un placard, dupliquée dans chaque sac et dans chaque portefeuille. Ce qu'elle doit contenir :
- Deux points de rendez-vous. Un tout près du domicile (le lampadaire au coin de la rue) pour une évacuation immédiate ; un hors du quartier (la mairie du village voisin, chez un proche) si la zone est inaccessible.
- Un contact référent hors zone. Un ami, un parent qui habite loin, dont le numéro est connu de mémoire par tous. En crise, les lignes locales saturent, mais on arrive souvent à joindre l'extérieur. Chacun l'appelle ; il centralise l'information.
- Les rôles. Qui prend les enfants à l'école (et rappelez-vous : en cas d'alerte chimique, on ne va pas les chercher, ils sont pris en charge). Qui prend les animaux, la trousse, les documents, l'eau. Qui prévient le voisin âgé.
- Les coupures. Où sont les vannes d'eau et de gaz, où est le disjoncteur. Prenez-les en photo, aujourd'hui.
- Les documents. Copies des pièces d'identité, ordonnances, contrats d'assurance, RIB : dans une pochette étanche, plus une copie chiffrée en ligne et une clé USB chez le contact hors zone.
- Les numéros. 112 (urgence européenne), 15 (SAMU), 18 (pompiers), 17 (police), 114 (par SMS, pour les personnes sourdes ou en situation où l'on ne peut pas parler), plus la mairie et le voisin référent.
6. Le tester, sinon il n'existe pas
Je vais être direct, parce que c'est le point où presque tout le monde échoue : un plan rangé dans un tiroir et jamais évoqué n'est pas un plan, c'est un fantasme rassurant. Il faut le faire vivre, et cela prend une heure par an.
- Expliquez-le à toute la famille, enfants compris, avec des mots simples et sans dramatiser. Un enfant qui sait où retrouver ses parents a moins peur, pas plus.
- Faites une soirée sans électricité. Coupez le disjoncteur un samedi soir, dînez, couchez-vous. Vous découvrirez en trois heures tout ce qui manque à votre préparation. C'est l'exercice le plus rentable qui existe, et les enfants adorent.
- Marchez jusqu'au point de rendez-vous une fois. Vérifiez qu'il existe encore, qu'il est éclairé, accessible à pied.
- Révisez une fois par an. Les enfants grandissent, les écoles changent, les numéros bougent, les piles se déchargent. Choisissez une date fixe — le changement d'heure, par exemple.
Une fois ce chapitre appliqué, vous avez un profil de risque et un plan. La suite du guide devient simple : il ne s'agit plus que de couvrir vos besoins vitaux, un par un, en commençant par le plus urgent — l'eau.