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Manuel-de-Survie.fr

Chapitre G.12 · Étape 4, la décision — par Marc, ancien militaire

Évacuer ou se confiner ? La décision qui sauve

C'est la décision la plus lourde d'une crise, et la seule qu'on ne peut pas prendre calmement sur le moment. Elle se prépare à froid, avec des critères clairs. Voici lesquels.

Mis à jour en juillet 2026 · Lecture : 8 min · Dernier chapitre du guide

L'essentiel en 30 secondes

  • Danger dehors et transitoire → on se confine. Danger dans le bâtiment → on évacue.
  • La consigne officielle prime sur votre appréciation, toujours.
  • La route est souvent plus dangereuse que la maison : partez tôt, ou restez.
  • Les deux protocoles se répètent à froid, en famille, une fois par an.

1. La règle en une phrase

En opération, on n'improvise pas les décisions vitales : on applique des critères définis à froid, quand le cerveau fonctionne. Le vôtre ne fonctionnera pas correctement le jour venu — c'est la physiologie du stress, pas un défaut de caractère.

Voici donc la règle, et elle tient en une phrase : on se confine quand le danger est dehors et qu'il passera ; on évacue quand le danger est dans le bâtiment, ou qu'il va l'atteindre.

Un nuage toxique passe en une à deux heures : un mur vous protège. Un incendie, lui, ne passe pas : il consume. Une inondation lente laisse le temps de monter à l'étage ; une crue éclair en zone basse, non. Toute la difficulté est de savoir dans quelle situation on est — et c'est précisément pourquoi, en France, la consigne officielle prime sur votre appréciation. Le préfet sait où est le nuage, quelles routes tiennent, où sont les secours. Vous, non.

« La pire décision n'est pas de rester, ni de partir. C'est d'hésiter deux heures, puis de partir trop tard. »

Marc — L'ancien militaire

2. Le tableau de décision, risque par risque

Apprenez-le, affichez-le. En l'absence de consigne officielle contraire, voici la conduite à tenir selon le risque — celle des autorités françaises.

Conduite à tenir selon le type de risque
Situation Décision Point clé
Nuage toxique, accident industrielSe confinerCouper la VMC, calfeutrer, radio
Alerte nucléaireSe confinerIode seulement sur consigne du préfet
Tempête, vents violentsSe confinerS'éloigner des fenêtres, ne pas sortir
Troubles civils localisésSe confinerDiscrétion, éviter les zones
CaniculeRester (pièce fraîche)Boire, vérifier les personnes isolées
Incendie du bâtimentÉvacuerImmédiatement, sans rien prendre
Fuite de gazÉvacuerAucun interrupteur, aucune flamme
Inondation, montée des eauxÉvacuer tôt, ou monterJamais au sous-sol, jamais sur route inondée
Feu de forêtÉvacuer tôt, sinon resterMaison débroussaillée > voiture prise par le feu
Ordre du préfetÉvacuerSans discuter, sans délai

Notez la nuance décisive pour l'inondation et le feu : on part tôt, ou on ne part pas. Le pire est de partir au dernier moment, dans l'eau ou devant le front de flammes.

Protocole d'évacuation d'urgence face à une inondation et à la montée des eaux
Trente centimètres d'eau suffisent à emporter une voiture. On ne s'engage jamais sur une route inondée.

3. La route : le danger que personne n'anticipe

Voici ce que je voudrais graver quelque part. Dans les évacuations réelles, la route est souvent le lieu le plus meurtrier. Les gens ne meurent pas dans leur maison : ils meurent dans leur voiture.

  • L'embouteillage. Quand toute une ville part en même temps, personne n'avance. Des milliers de véhicules immobilisés, sans carburant, sans eau, exposés à ce qu'ils fuyaient.
  • L'eau. Trente centimètres suffisent à faire flotter une voiture ; cinquante l'emportent. On ne s'engage jamais sur une route inondée, ni en voiture, ni à pied : on ne voit pas si la chaussée existe encore.
  • Le feu. Un front de feu se déplace plus vite qu'un véhicule bloqué, et l'habitacle ne protège pas. Une maison débroussaillée, volets fermés, protège mieux qu'une fuite tardive.
  • Le carburant et la panne. Les stations sont électriques : sans courant, pas de pompes. Règle simple, adoptez-la aujourd'hui : ne jamais laisser descendre le réservoir sous la moitié.

Conséquence pratique : si vous partez, partez tôt, sur consigne, par l'itinéraire indiqué — même s'il paraît absurde : les autorités savent quelles routes tiennent. Et gardez toujours un plan à pied.

4. Évacuer : le protocole en dix minutes

Il doit être écrit, affiché, répété une fois par an. Dans l'ordre, sans réfléchir :

  • 1. Les personnes. Comptez-les. Les enfants, les personnes âgées, les animaux. Le voisin isolé, si vous en avez le temps.
  • 2. Les sacs. Le sac d'évacuation préparé, un par personne. On ne rassemble rien d'autre. On ne monte pas chercher un souvenir.
  • 3. Les indispensables. Papiers, traitements, téléphones, chargeurs, argent liquide, clés. Tout doit être déjà dans les sacs.
  • 4. Les réseaux. Couper le gaz et l'électricité si le temps le permet. Fermer les fenêtres.
  • 5. Le message. Un mot scotché à la porte : qui est parti, à quelle heure, où, par où. Cela évite qu'on vous cherche dans les décombres.
  • 6. Prévenir. Un SMS au contact hors zone du plan familial — jamais un appel, le réseau est saturé.
  • 7. Partir. Par l'itinéraire prévu, vers le point de rassemblement communal ou votre point de rendez-vous. Sans revenir en arrière, quoi qu'on ait oublié.

Dernier point, le plus dur à entendre : les biens se remplacent, les gens non. Chaque année, des personnes meurent en retournant chercher un ordinateur, un album photo, un chat. Le chat, prenez-le d'abord. Le reste, laissez-le.

5. Se confiner : le protocole

  • Rentrer dans le bâtiment le plus proche. Ne pas chercher à rejoindre son domicile s'il est loin.
  • Fermer portes et fenêtres ; couper ventilation, climatisation, chauffage à air pulsé.
  • Calfeutrer les ouvertures avec du ruban adhésif et des linges humides. Gagner la pièce préparée.
  • Ne pas fumer, pas de flamme, pas d'étincelle.
  • Écouter la radio et FR-Alert. Ne pas téléphoner sauf urgence vitale.
  • Ne pas aller chercher ses enfants à l'école : ils y sont pris en charge, et les faire sortir les exposerait.
  • Attendre la fin d'alerte officielle avant d'aérer et de sortir. Elle vient toujours.

6. Décider quand personne ne décide pour vous

Il arrive que l'alerte n'arrive pas, ou trop tard : le réseau est tombé, la sirène ne couvre pas votre hameau, le danger est trop soudain. C'est là que le protocole S.T.O.P. devient votre chef : s'arrêter dix secondes, réfléchir, observer, planifier une seule action.

  • Le danger est-il dans le bâtiment ? Feu, gaz, effondrement, eau qui entre : on sort.
  • Passera-t-il ? Nuage, tempête, foule : on reste et on se protège.
  • Ai-je un endroit sûr atteignable ? Sans lieu d'arrivée ni itinéraire praticable, partir est un pari. Rester préparé vaut mieux que fuir au hasard.
  • Suis-je capable ? Avec des enfants, un blessé, une personne âgée, à pied, la nuit : l'évacuation coûte cher. Évaluez honnêtement.
  • Ai-je encore le temps ? Si vous hésitez depuis une heure, il est probablement trop tard pour partir. Confinez-vous et faites-le bien.

Nous voici au terme de ce guide. Douze chapitres pour une idée simple, que je résumerai à ma manière : la préparation ne consiste pas à prévoir l'avenir, mais à réduire le nombre de décisions à prendre au pire moment. Un plan écrit, un sac prêt, une pièce calfeutrable, des voisins connus, une radio qui marche : autant de décisions déjà prises, un jour de calme, par une version reposée de vous-même. Le reste, ce jour-là, sera de l'exécution.

Et l'exécution, croyez-en un vieux militaire, c'est ce qu'il y a de plus facile.

7. Questions fréquentes

Quand faut-il évacuer et quand faut-il se confiner ?
On se confine lorsque le danger est à l'extérieur et transitoire : nuage toxique, accident industriel ou chimique, tempête, troubles localisés. On évacue lorsque le danger est dans le bâtiment ou va l'atteindre : incendie, fuite de gaz, montée des eaux, front de feu, effondrement. Dans tous les cas, la consigne officielle du préfet ou des secours prime sur votre appréciation personnelle : elle repose sur des informations que vous n'avez pas.
Que faire quand on reçoit un ordre d'évacuation ?
On part. Immédiatement, sans discuter et sans rassembler d'objets superflus : prenez le sac d'évacuation préparé à l'avance, les papiers, les traitements, les enfants et les animaux, coupez le gaz et l'électricité si le temps le permet, fermez à clé et laissez un message écrit indiquant où vous allez. Suivez l'itinéraire indiqué par les autorités, même s'il vous paraît plus long, et rejoignez le point de rassemblement communal.
Pourquoi ne faut-il pas partir en voiture pendant une crise ?
Parce que dans les évacuations réelles, la route est souvent le lieu le plus dangereux : embouteillages qui immobilisent des milliers de personnes, routes coupées, ponts submergés, panne de carburant, accidents. Trente centimètres d'eau suffisent à emporter une voiture, et un front de feu se déplace plus vite qu'un véhicule bloqué. Partez tôt si vous partez, ou restez à l'abri. Une évacuation tardive en voiture est souvent plus risquée qu'un confinement bien préparé.

Le guide est terminé

Douze chapitres, une idée : décider à froid ce qu'on ne pourra pas décider à chaud

Passez maintenant aux scénarios : six crises concrètes, déroulées heure par heure, pour éprouver ce que vous venez d'apprendre.