L'essentiel en 30 secondes
- Danger dehors et transitoire → on se confine. Danger dans le bâtiment → on évacue.
- La consigne officielle prime sur votre appréciation, toujours.
- La route est souvent plus dangereuse que la maison : partez tôt, ou restez.
- Les deux protocoles se répètent à froid, en famille, une fois par an.
1. La règle en une phrase
En opération, on n'improvise pas les décisions vitales : on applique des critères définis à froid, quand le cerveau fonctionne. Le vôtre ne fonctionnera pas correctement le jour venu — c'est la physiologie du stress, pas un défaut de caractère.
Voici donc la règle, et elle tient en une phrase : on se confine quand le danger est dehors et qu'il passera ; on évacue quand le danger est dans le bâtiment, ou qu'il va l'atteindre.
Un nuage toxique passe en une à deux heures : un mur vous protège. Un incendie, lui, ne passe pas : il consume. Une inondation lente laisse le temps de monter à l'étage ; une crue éclair en zone basse, non. Toute la difficulté est de savoir dans quelle situation on est — et c'est précisément pourquoi, en France, la consigne officielle prime sur votre appréciation. Le préfet sait où est le nuage, quelles routes tiennent, où sont les secours. Vous, non.
« La pire décision n'est pas de rester, ni de partir. C'est d'hésiter deux heures, puis de partir trop tard. »
2. Le tableau de décision, risque par risque
Apprenez-le, affichez-le. En l'absence de consigne officielle contraire, voici la conduite à tenir selon le risque — celle des autorités françaises.
| Situation | Décision | Point clé |
|---|---|---|
| Nuage toxique, accident industriel | Se confiner | Couper la VMC, calfeutrer, radio |
| Alerte nucléaire | Se confiner | Iode seulement sur consigne du préfet |
| Tempête, vents violents | Se confiner | S'éloigner des fenêtres, ne pas sortir |
| Troubles civils localisés | Se confiner | Discrétion, éviter les zones |
| Canicule | Rester (pièce fraîche) | Boire, vérifier les personnes isolées |
| Incendie du bâtiment | Évacuer | Immédiatement, sans rien prendre |
| Fuite de gaz | Évacuer | Aucun interrupteur, aucune flamme |
| Inondation, montée des eaux | Évacuer tôt, ou monter | Jamais au sous-sol, jamais sur route inondée |
| Feu de forêt | Évacuer tôt, sinon rester | Maison débroussaillée > voiture prise par le feu |
| Ordre du préfet | Évacuer | Sans discuter, sans délai |
Notez la nuance décisive pour l'inondation et le feu : on part tôt, ou on ne part pas. Le pire est de partir au dernier moment, dans l'eau ou devant le front de flammes.
3. La route : le danger que personne n'anticipe
Voici ce que je voudrais graver quelque part. Dans les évacuations réelles, la route est souvent le lieu le plus meurtrier. Les gens ne meurent pas dans leur maison : ils meurent dans leur voiture.
- L'embouteillage. Quand toute une ville part en même temps, personne n'avance. Des milliers de véhicules immobilisés, sans carburant, sans eau, exposés à ce qu'ils fuyaient.
- L'eau. Trente centimètres suffisent à faire flotter une voiture ; cinquante l'emportent. On ne s'engage jamais sur une route inondée, ni en voiture, ni à pied : on ne voit pas si la chaussée existe encore.
- Le feu. Un front de feu se déplace plus vite qu'un véhicule bloqué, et l'habitacle ne protège pas. Une maison débroussaillée, volets fermés, protège mieux qu'une fuite tardive.
- Le carburant et la panne. Les stations sont électriques : sans courant, pas de pompes. Règle simple, adoptez-la aujourd'hui : ne jamais laisser descendre le réservoir sous la moitié.
Conséquence pratique : si vous partez, partez tôt, sur consigne, par l'itinéraire indiqué — même s'il paraît absurde : les autorités savent quelles routes tiennent. Et gardez toujours un plan à pied.
4. Évacuer : le protocole en dix minutes
Il doit être écrit, affiché, répété une fois par an. Dans l'ordre, sans réfléchir :
- 1. Les personnes. Comptez-les. Les enfants, les personnes âgées, les animaux. Le voisin isolé, si vous en avez le temps.
- 2. Les sacs. Le sac d'évacuation préparé, un par personne. On ne rassemble rien d'autre. On ne monte pas chercher un souvenir.
- 3. Les indispensables. Papiers, traitements, téléphones, chargeurs, argent liquide, clés. Tout doit être déjà dans les sacs.
- 4. Les réseaux. Couper le gaz et l'électricité si le temps le permet. Fermer les fenêtres.
- 5. Le message. Un mot scotché à la porte : qui est parti, à quelle heure, où, par où. Cela évite qu'on vous cherche dans les décombres.
- 6. Prévenir. Un SMS au contact hors zone du plan familial — jamais un appel, le réseau est saturé.
- 7. Partir. Par l'itinéraire prévu, vers le point de rassemblement communal ou votre point de rendez-vous. Sans revenir en arrière, quoi qu'on ait oublié.
Dernier point, le plus dur à entendre : les biens se remplacent, les gens non. Chaque année, des personnes meurent en retournant chercher un ordinateur, un album photo, un chat. Le chat, prenez-le d'abord. Le reste, laissez-le.
5. Se confiner : le protocole
- Rentrer dans le bâtiment le plus proche. Ne pas chercher à rejoindre son domicile s'il est loin.
- Fermer portes et fenêtres ; couper ventilation, climatisation, chauffage à air pulsé.
- Calfeutrer les ouvertures avec du ruban adhésif et des linges humides. Gagner la pièce préparée.
- Ne pas fumer, pas de flamme, pas d'étincelle.
- Écouter la radio et FR-Alert. Ne pas téléphoner sauf urgence vitale.
- Ne pas aller chercher ses enfants à l'école : ils y sont pris en charge, et les faire sortir les exposerait.
- Attendre la fin d'alerte officielle avant d'aérer et de sortir. Elle vient toujours.
6. Décider quand personne ne décide pour vous
Il arrive que l'alerte n'arrive pas, ou trop tard : le réseau est tombé, la sirène ne couvre pas votre hameau, le danger est trop soudain. C'est là que le protocole S.T.O.P. devient votre chef : s'arrêter dix secondes, réfléchir, observer, planifier une seule action.
- Le danger est-il dans le bâtiment ? Feu, gaz, effondrement, eau qui entre : on sort.
- Passera-t-il ? Nuage, tempête, foule : on reste et on se protège.
- Ai-je un endroit sûr atteignable ? Sans lieu d'arrivée ni itinéraire praticable, partir est un pari. Rester préparé vaut mieux que fuir au hasard.
- Suis-je capable ? Avec des enfants, un blessé, une personne âgée, à pied, la nuit : l'évacuation coûte cher. Évaluez honnêtement.
- Ai-je encore le temps ? Si vous hésitez depuis une heure, il est probablement trop tard pour partir. Confinez-vous et faites-le bien.
Nous voici au terme de ce guide. Douze chapitres pour une idée simple, que je résumerai à ma manière : la préparation ne consiste pas à prévoir l'avenir, mais à réduire le nombre de décisions à prendre au pire moment. Un plan écrit, un sac prêt, une pièce calfeutrable, des voisins connus, une radio qui marche : autant de décisions déjà prises, un jour de calme, par une version reposée de vous-même. Le reste, ce jour-là, sera de l'exécution.
Et l'exécution, croyez-en un vieux militaire, c'est ce qu'il y a de plus facile.