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Manuel-de-Survie.fr

Scénario S.03 · Le guide appliqué — par Marc, ancien militaire

L'inondation soudaine : quand l'eau monte

Un orage stationnaire, une rivière qui gonfle en quelques heures, une rue qui devient torrent. La crue rapide laisse peu de temps pour décider — d'où l'importance d'avoir décidé avant. Déroulons-la.

Mis à jour en juillet 2026 · Lecture : 8 min · Une décision, prise à froid

L'essentiel en 30 secondes

  • Tout se joue en amont : exposition connue (Géorisques), batardeaux, biens et documents en hauteur.
  • Quand l'eau monte : couper gaz et électricité, monter à l'étage, jamais au sous-sol.
  • Jamais sur une route inondée : 30 cm emportent une voiture. On part tôt, ou on monte.
  • La consigne du préfet et FR-Alert priment sur toute appréciation personnelle.

L'inondation est la catastrophe naturelle la plus fréquente et la plus coûteuse en France, et une part de ses victimes meurt d'une seule erreur, presque toujours la même : s'engager dans l'eau. Ce scénario tient donc en une décision, et cette décision se prépare à froid — c'est tout l'objet du chapitre G.12.

Avant · La préparation qui compte vraiment

En opération, on ne prépare pas une position quand l'ennemi est déjà là. Pour l'inondation, c'est pareil : l'essentiel se joue des mois avant, un jour de beau temps.

  • Connaître son exposition. Le portail Géorisques indique si votre adresse est en zone inondable. Si c'est le cas, tout le reste en découle.
  • Équiper le bâti : batardeaux amovibles aux portes basses, clapets anti-retour sur les évacuations (l'eau remonte aussi par les canalisations), tableau électrique et chaudière surélevés.
  • Mettre en hauteur ce qui compte : documents dans une pochette étanche à l'étage, objets de valeur, produits polluants (le fioul, les produits ménagers contaminent tout).
  • Préparer le sac d'évacuation et repérer l'itinéraire d'évacuation vers un point haut : on ne le découvre pas sous la pluie.

Vigilance · L'alerte est donnée

Météo-France passe le département en vigilance orange puis rouge pluie-inondation. La rivière voisine est annoncée en crue. C'est la fenêtre d'action : on agit tant qu'on est au sec.

  • On s'informe aux bonnes sources : Météo-France, Vigicrues, FR-Alert, la préfecture. Pas les rumeurs des réseaux sociaux — voir le chapitre Communication.
  • On met en sécurité : rentrer le mobilier extérieur, monter à l'étage ce qui craint, installer les batardeaux, garer le véhicule en hauteur.
  • On se prépare aux deux options : sac prêt près de la porte, plein de carburant fait, téléphones chargés, radio à piles sortie. On ne sait pas encore si l'on montera ou si l'on partira : on se tient prêt aux deux.
  • On prévient le contact hors zone et on vérifie les voisins vulnérables.
Faire face à une inondation : protéger sa maison en amont et suivre le protocole d'évacuation quand l'eau monte
L'eau monte vite et cache tout : la décision d'évacuer se prend tôt, ou pas du tout.

L'eau monte · Monter ou évacuer ?

L'eau atteint le bas de la rue, puis le seuil. C'est l'instant de la décision. Elle dépend d'une règle simple, tirée du chapitre G.12 : on part tôt, sur consigne, ou on monte ; on ne part jamais tard, dans l'eau.

  • Si l'ordre d'évacuation est donné et le chemin encore sûr : on part immédiatement, avec le sac, par l'itinéraire indiqué, vers le point de rassemblement. Sans traîner, sans revenir chercher un objet.
  • Si l'eau est déjà là : on ne s'engage pas dedans. On monte — étage, comble, toit si nécessaire — avec eau, vivres, radio, lampe, téléphone et de quoi se signaler (vêtement clair, lampe, sifflet).
  • On coupe l'électricité et le gaz si le tableau est accessible sans passer par l'eau. L'eau et l'électricité sont un mélange mortel.
  • Jamais au sous-sol, jamais en cave : on y est piégé en quelques minutes. C'est l'erreur qui tue le plus souvent à domicile.
  • On se signale et on attend les secours. Ils viendront ; un toit se voit, se survole, se secourt.

La règle absolue : jamais sur une route inondée

Je le répète parce que c'est la leçon de ce scénario, et qu'elle sauve plus de vies que tout le reste réuni. On ne s'engage jamais sur une route inondée. Ni en voiture, ni à pied. Sans aucune exception.

  • L'eau cache le danger. Vous ne voyez pas si la chaussée existe encore, si un regard est ouvert, si un fossé borde la route. Le sol peut avoir disparu.
  • L'eau est plus forte qu'elle n'en a l'air. Trente centimètres font flotter une voiture ; un courant faible en apparence renverse un adulte. La majorité des noyades en crue surviennent dans des véhicules.
  • Le demi-tour est la bonne décision. Face à une route submergée, on fait demi-tour et on rejoint un point haut. Un détour de vingt kilomètres n'a jamais tué personne ; une route inondée, si.
  • À pied, c'est pire encore : on est emporté plus vite, on ne se rattrape à rien. Un enfant est emporté par vingt centimètres d'eau vive.

Après · Le retour, prudent

L'eau se retire, mais le danger demeure quelques jours. Le retour à la maison s'organise, il ne s'improvise pas.

  • On ne rentre que sur autorisation et après vérification des structures : un bâtiment gorgé d'eau peut être fragilisé.
  • On ne rétablit pas l'électricité soi-même après une inondation : on fait vérifier l'installation.
  • L'eau du robinet peut être contaminée : on ne la boit qu'une fois déclarée potable par la préfecture. L'eau de crue charrie eaux usées et hydrocarbures : gants, bottes, lavage des mains — chapitre Santé.
  • On documente les dégâts en photos pour l'assurance, et on n'oublie pas le contrecoup psychologique, réel après une inondation du domicile.

Les leçons de ce scénario

Ce scénario se résume à deux idées, et je voudrais qu'elles vous restent. La première : la préparation se joue au sec, des mois avant — connaître son exposition, équiper son bâti, ranger ses papiers en hauteur, préparer son sac. Le jour de la crue, il est trop tard pour préparer ; on ne fait qu'exécuter.

La seconde : une seule règle, absolue, non négociable, résume toute la sécurité en inondation : on ne rentre jamais dans l'eau. On monte, on attend, on se signale. Les biens se remplacent ; on ne se remplace pas. Retenez cette règle, transmettez-la à vos enfants : c'est peut-être la phrase la plus utile de tout ce site.

Questions fréquentes

Que faire quand l'eau monte chez soi ?
Couper l'électricité et le gaz si c'est possible sans risque, monter à l'étage ou sur un point haut avec de l'eau, des vivres, une radio à piles, une lampe et son téléphone, ne jamais descendre en sous-sol ni en cave, et se signaler aux secours. On n'évacue à pied ou en voiture que si les autorités le demandent et si le chemin est sûr : jamais à travers l'eau. Il faut suivre les consignes de la préfecture et de FR-Alert.
Pourquoi ne faut-il pas traverser une route inondée ?
Parce que l'eau cache le danger et qu'elle est bien plus puissante qu'on ne le croit. Trente centimètres d'eau suffisent à faire flotter puis emporter une voiture ; une hauteur plus faible peut renverser un adulte à pied. On ne voit pas si la chaussée existe encore, si un regard est ouvert, si le courant est fort. La majorité des décès par inondation surviennent dans des véhicules engagés dans l'eau. La règle est absolue : on ne s'engage jamais sur une route inondée, ni à pied ni en voiture.
Comment protéger sa maison avant une inondation ?
En amont : vérifier son exposition sur Géorisques, installer des batardeaux amovibles aux portes et ouvertures basses, poser des clapets anti-retour sur les canalisations d'évacuation, surélever le tableau électrique, la chaudière et les appareils sensibles, et ranger documents importants et objets de valeur en hauteur. Quand l'alerte est donnée : rentrer le mobilier extérieur, préparer le sac d'évacuation, faire le plein de carburant et se tenir prêt à monter ou à partir tôt sur consigne.

La décision qui sauve

Évacuer ou se confiner : décidez-le à froid, pas dans l'eau

Le chapitre G.12 vous donne les critères, le tableau de décision et le protocole d'évacuation en dix minutes. À lire avant d'en avoir besoin.