L'essentiel en 30 secondes
- Dans la plupart des crises, rester chez soi est la bonne décision ; le sac 72 h est l'exception.
- Une pièce de confinement se prépare en un quart d'heure et pour quelques euros.
- Adaptez le logement à vos risques : chaleur, inondation, feu — pas à un scénario générique.
- La sécurité tient à la dissuasion, la discrétion et le voisinage. Pas aux armes, qui augmentent le risque.
1. Rester est la norme, partir est l'exception
Vingt ans d'opérations m'ont appris à me méfier du réflexe de mouvement. Quand une menace apparaît, l'instinct dit de bouger. Or, dans la grande majorité des crises que connaît la France — tempête, canicule, black-out, accident industriel, épidémie, troubles localisés —, la bonne décision est de rester chez soi. Les routes se saturent, l'extérieur est dangereux, et votre logement contient déjà votre eau, vos vivres, vos médicaments et vos murs.
Le sac d'évacuation couvre le cas rare où l'on doit partir. Ce chapitre-ci couvre le cas fréquent : tenir chez soi, dans de bonnes conditions, pendant trois jours ou trois semaines. Savoir lequel des deux s'applique est une décision à part entière, que traite le chapitre G.12.
« Un abri, ce n'est pas un endroit d'où l'on tire. C'est un endroit d'où l'on n'a pas besoin de sortir. »
2. La pièce de confinement : un quart d'heure, quelques euros
C'est la préparation au meilleur rapport efficacité/effort de tout ce guide, et presque personne ne l'a faite. En cas de nuage toxique — accident industriel, accident de transport de matières dangereuses, incendie de grande ampleur —, un mur, une porte et une fenêtre fermée constituent une protection remarquablement efficace.
Choisir la pièce : petite, facile à isoler, si possible sans fenêtre ou avec une seule, du côté opposé au risque connu. Évitez le sous-sol pour un risque chimique (certains gaz sont plus lourds que l'air) et privilégiez-le pour une tempête.
La préparer à l'avance, dans une caisse posée dans cette pièce :
- Ruban adhésif large et linges à humidifier, pour calfeutrer portes, fenêtres, aérations.
- Eau, quelques vivres, trousse de secours, sacs plastiques pour les déchets.
- Une radio à piles — c'est le seul canal qui vous parvienne quand tout tombe.
- Lampes, batterie externe chargée, papier et crayon.
Les gestes, le jour venu : rentrer immédiatement, fermer portes et fenêtres, couper ventilation, climatisation et chauffage à air pulsé, calfeutrer, ne pas fumer ni allumer de flamme, écouter la radio et FR-Alert, ne pas téléphoner sauf urgence vitale — et ne pas aller chercher ses enfants à l'école, où ils sont pris en charge et où vous les exposeriez en les faisant sortir.
3. Adapter le logement à vos risques
Vous avez établi votre profil au chapitre G.02. Appliquez-le. Chaque aménagement ci-dessous ne concerne qu'une partie des lecteurs — et c'est le but.
- Chaleur. Volets, stores extérieurs, films réfléchissants ; identifier la pièce la plus fraîche (nord, rez-de-chaussée) ; ventiler la nuit, fermer le jour. Un logement sous les toits sans protection devient invivable : voyez le scénario Canicule.
- Inondation. Batardeaux amovibles aux ouvertures basses, clapets anti-retour sur les évacuations, tableau électrique et chaudière surélevés, documents et objets précieux en hauteur. En alerte : couper l'électricité et le gaz, monter à l'étage, jamais descendre au sous-sol, ne jamais s'engager sur une route inondée. Scénario Inondation.
- Feu de forêt. Débroussaillage réglementaire — c'est une obligation légale dans de nombreuses communes, et elle sauve des maisons —, gouttières nettoyées, volets fermés le jour venu, réserve d'eau et tuyau. Ne fuyez jamais devant un front de feu en voiture : la maison débroussaillée protège mieux.
- Tempête. Rentrer le mobilier de jardin, fermer les volets, ne pas sortir, s'éloigner des fenêtres, se méfier des arbres et des lignes tombées.
- Incendie domestique. Détecteurs de fumée aux étages (obligatoires), détecteur de monoxyde de carbone, extincteur, et deux itinéraires de sortie connus de tous.
4. Maîtriser ses coupures
Un réflexe militaire qui vaut pour tout foyer : connaître ses réseaux. Repérez aujourd'hui, et prenez-les en photo :
- Le disjoncteur général et les fusibles.
- La vanne d'arrêt du gaz et celle de l'eau (et le robinet le plus bas du logement, qui vidange les canalisations — voir le chapitre Eau).
- Le ballon d'eau chaude et son robinet de purge : 100 à 300 litres d'eau potable.
- Les sorties de secours, y compris par la fenêtre, et l'endroit où sont rangées les clés.
Assurez-vous que plusieurs membres du foyer savent tout cela. Une compétence détenue par une seule personne, absente le jour J, n'est pas une compétence du foyer.
5. Sécurité : dissuader et se fondre, pas se barricader
Sur ce terrain, mon expérience professionnelle me rend à la fois utile et prudent. Les principes de sécurité efficaces sont ennuyeux, et c'est pour cela qu'ils fonctionnent.
- La dissuasion passive. Serrures sérieuses, porte solide, fenêtres du rez-de-chaussée protégées, éclairage extérieur à détection. La très grande majorité des intrusions visent la cible la plus facile.
- La discrétion. Ne montrez pas vos réserves, n'en parlez pas sur les réseaux sociaux, ne stockez pas en vitrine. Un foyer qu'on croit ordinaire n'attire pas l'attention. C'est la règle numéro un du scénario Troubles civils.
- La visibilité. Un jardin dégagé, pas de recoins d'approche. Ce qui protège d'un feu de forêt protège aussi de l'intrusion.
- Le voisinage. Je l'affirme sans hésiter : c'est votre meilleur système de sécurité. Des voisins qui vous connaissent surveillent votre porte, vous préviennent, vous aident. Une maison isolée socialement est une maison vulnérable, quel que soit son blindage. Voyez le chapitre G.11.
- L'évitement. Si la menace entre, on ne l'affronte pas : on met les siens en sécurité, on sort par l'autre côté, on alerte le 17. Les biens se remplacent.
6. La question des armes : une réponse claire
On me la pose à chaque conversation sur ce sujet, alors je vais y répondre franchement, en homme qui a porté une arme pendant vingt ans et qui sait ce que cela engage.
Non, ne vous armez pas pour « protéger votre foyer ». Trois raisons, et aucune n'est morale.
- Le droit. En France, la légitime défense est strictement encadrée : elle exige une atteinte injustifiée, une riposte nécessaire, immédiate et proportionnée. La détention d'armes est elle-même très réglementée. Ceux qui vous vendent des fantasmes de défense armée vous exposent à des poursuites pénales.
- Les faits. Une arme présente dans un foyer augmente statistiquement les risques d'accident domestique, de suicide, de drame familial et d'escalade lors d'une intrusion — bien davantage qu'elle ne protège. Ce n'est pas une opinion, c'est ce que montrent les données.
- Le réel. Un intrus a l'initiative ; vous serez surpris, mal réveillé, dans le noir, avec des proches à protéger. J'ai connu des professionnels entraînés que cette configuration a dépassés. Sans entraînement continu, une arme n'apporte qu'une illusion — et le sentiment d'invulnérabilité conduit à affronter au lieu d'éviter.
Ce qui protège réellement : une porte solide, une lampe, un téléphone, un plan de sortie, des voisins. Et — je le répète, parce que c'est la leçon centrale de ce site — un foyer préparé à aider ses voisins sera aidé par eux. Un foyer préparé à leur tirer dessus se retrouvera seul.