L'essentiel en 30 secondes
- On vit plus longtemps, mais pas forcément mieux : l'espérance de vie en bonne santé progresse peu.
- Les maladies chroniques — obésité, diabète, hypertension — progressent, liées au mode de vie et à l'environnement.
- La santé mentale se dégrade, particulièrement chez les jeunes : une bombe à retardement silencieuse.
- Une population fragile amplifie toutes les autres crises : canicules, pandémies, ruptures de soins.
1. Le paradoxe de l'espérance de vie
Voici la fiche la moins spectaculaire du panorama, et sans doute l'une des plus importantes. Aucune image de catastrophe ne l'illustre : ce qui s'y joue est lent, diffus, intime — et c'est précisément pourquoi nous ne le voyons pas.
Commençons par l'objection légitime : l'espérance de vie continue globalement d'augmenter, alors où est le problème ? Il est dans un second indicateur, moins commenté : l'espérance de vie en bonne santé, c'est-à-dire le nombre d'années vécues sans limitation d'activité. Celle-ci progresse peu, quand elle ne stagne pas. Autrement dit, nous ajoutons des années à la vie davantage que de la vie aux années. Notre médecine, remarquable pour faire vivre longtemps avec une maladie chronique, échoue à l'empêcher d'apparaître.
« Nous n'avons pas vaincu la maladie : nous avons appris à vivre longtemps avec elle. Ce n'est pas la même chose, et cela se paie en jour de crise. »
2. La vague des maladies chroniques
Obésité, diabète de type 2, hypertension, maladies cardiovasculaires, certains cancers : ces pathologies progressent régulièrement en France comme dans la plupart des pays comparables. Elles partagent une caractéristique décisive : elles sont largement évitables. Leurs déterminants sont connus et convergent tous vers notre mode de vie contemporain.
- L'alimentation ultra-transformée, riche en sucres, graisses de mauvaise qualité, sel et additifs — devenue la norme parce qu'elle est bon marché, disponible partout et intensément appétente.
- La sédentarité, produit d'une organisation du travail et des villes qui a méthodiquement supprimé le mouvement de nos journées.
- Le manque de sommeil, l'alcool, le tabac, et le stress chronique, dont les effets biologiques sont désormais bien documentés.
Aucun de ces facteurs n'est un choix purement individuel : ils dépendent de nos revenus, de nos horaires, de nos quartiers, de l'offre alimentaire disponible. C'est pourquoi les inégalités sociales de santé sont si marquées — et pourquoi la culpabilisation individuelle est aussi inefficace qu'injuste.
3. La santé mentale : la bombe à retardement invisible
C'est le volet qui m'inquiète le plus, et celui dont on a le plus tardé à parler. Les indicateurs de santé mentale se dégradent : troubles anxieux, épisodes dépressifs, épuisement professionnel, consommation élevée de psychotropes. La dégradation est particulièrement nette chez les jeunes générations, chez qui se cumulent précarité, pression scolaire, effets des réseaux sociaux et — il faut le nommer — éco-anxiété, cette angoisse diffuse face à l'avenir écologique.
Je dois ici une mise en garde, en tant qu'auteur de ce silo. Les fiches que vous lisez peuvent faire du mal. S'informer sur les menaces sans passer à l'action produit de la sidération et de l'anxiété ; c'est un piège dans lequel je suis moi-même tombé pendant des années, à lire des rapports scientifiques jusqu'à la nausée. La règle que je m'impose et que je vous recommande : doser son exposition, et convertir systématiquement la lecture en un geste concret. Si un chapitre du guide de survie ne suit pas votre lecture d'une fiche menace, vous avez pris le poison sans l'antidote. Et si l'angoisse s'installe durablement, parlez-en à un professionnel de santé : c'est un signe de lucidité, pas de faiblesse.
4. L'environnement est entré dans nos corps
Le dernier volet fait le lien avec la fiche Limites planétaires, et notamment sa limite la moins connue : celle des « entités nouvelles ». Nous baignons dans des milliers de molécules de synthèse, dont beaucoup n'existaient pas il y a un siècle et dont les effets à long terme, seuls ou en mélange, sont mal évalués.
- La pollution de l'air — particules fines, ozone — est associée à un lourd fardeau sanitaire et à une mortalité prématurée en Europe.
- Les pesticides et les perturbateurs endocriniens, qui interfèrent avec nos systèmes hormonaux à des doses parfois infimes, avec des effets suspectés sur la fertilité, le développement et certaines maladies chroniques.
- Les micro-plastiques et polluants persistants, désormais retrouvés dans l'eau, les sols, la chaîne alimentaire et les organismes humains.
Le point clé, systémique : cette érosion sanitaire multiplie l'effet de toutes les autres menaces du panorama. Une population comorbide meurt davantage lors des canicules. Elle paie un tribut plus lourd aux pandémies. Elle sature plus vite un système de soins sans marges. La santé collective est un amortisseur — et notre amortisseur s'use.
5. La santé comme compétence de survie
Voici le renversement que je vous propose, et qui vaut pour toute cette fiche : dans un site consacré à la préparation, votre santé est l'équipement le plus important que vous possédiez. Elle ne s'achète pas, ne se stocke pas dans un placard, et se construit lentement — ce qui la rend précisément si précieuse.
- Une condition physique entretenue. Une crise, c'est souvent marcher longtemps, porter, monter des étages, dormir mal. Marcher, bouger chaque jour, garder de la force : c'est de la préparation, au sens strict. Le chapitre Compétences de terrain le suppose.
- Une alimentation moins transformée. Cuisiner à partir de produits bruts est bon pour la santé et vous rend capable de manger correctement sans industrie agroalimentaire — double bénéfice, immédiat et de crise.
- Un sommeil et un mental soignés. Le stress se gère mieux quand on est reposé, et la décision lucide en situation d'urgence dépend de votre état mental : c'est tout l'objet du chapitre Fondamentaux.
- Réduire les dépendances évitables. Tabac, alcool, et, avec l'accord de votre médecin, tout traitement qui pourrait être allégé. Chaque dépendance est une vulnérabilité le jour où l'approvisionnement s'interrompt.
- Savoir soigner. Une formation aux premiers secours (PSC1) est le meilleur investissement de préparation qui existe : quelques heures, quelques dizaines d'euros, et une compétence qui sauve des vies — voyez Stages & formations.
Ces conseils ne remplacent évidemment pas un avis médical, et cette fiche n'a pas vocation à en donner. Elle veut simplement vous faire voir ce que l'on oublie : on peut posséder le meilleur sac d'évacuation du monde et être incapable de le porter trois kilomètres.