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Fiche M.09 · Risques biologiques — par Paul, le Collapsologue

Pandémies et risques biologiques : après le COVID, quelles menaces ?

La pandémie de COVID-19 fut une répétition générale — et nous en avons déjà oublié la moitié des leçons. Zoonoses, antibiorésistance, systèmes de santé sous tension : ce qui vient, et ce qui se prépare.

Mis à jour en juillet 2026 · Lecture : 9 min · Sources : OMS, Santé publique France, IPBES

L'essentiel en 30 secondes

  • Une nouvelle pandémie est jugée quasi certaine à l'échelle des décennies : la question est quand, et à quel degré de gravité.
  • Les zoonoses — maladies passant de l'animal à l'humain — sont le premier risque, et la destruction des écosystèmes les favorise.
  • L'antibiorésistance est une pandémie lente et silencieuse, déjà en cours, qui menace la médecine moderne.
  • Se préparer : une à deux semaines d'autonomie, une trousse sérieuse, une avance de traitements, et des routines d'hygiène.

1. Le COVID : une répétition générale que nous avons à moitié oubliée

Souvenez-vous du printemps 2020. Des rayons vides, des masques introuvables, du gel hydroalcoolique revendu à prix d'or, des hôpitaux au bord de la rupture, des soignants épuisés, des personnes isolées sans personne pour faire leurs courses. Ce qui m'a le plus frappé, à l'époque, n'était pas la gravité du virus — d'autres agents pathogènes sont bien plus létaux. C'était la vitesse à laquelle nos sociétés ont vacillé devant une pandémie de gravité, somme toute, moyenne.

Et voici ce qui devrait nous préoccuper aujourd'hui : la mémoire s'efface. Les stocks stratégiques se reconstituent lentement, les plans pandémie retombent dans les tiroirs, et les foyers qui avaient découvert l'utilité d'une réserve de vivres ont, pour beaucoup, laissé les placards se vider. Le COVID fut une répétition générale offerte. Il serait dommage de n'en rien retenir.

« Le virus n'était pas le pire imaginable. Notre réaction, elle, nous a montré exactement où nous sommes fragiles. »

2. Les zoonoses : la menace numéro un, et nous la fabriquons

Environ 60 % des maladies infectieuses humaines connues sont d'origine animale, et la quasi- totalité des pandémies récentes le sont. Grippe, VIH, Ebola, SRAS, COVID-19 : à chaque fois, un agent pathogène a franchi la barrière d'espèce. Ce n'est pas un hasard, ni une fatalité : c'est la conséquence directe de nos pratiques.

Le lien avec la fiche Limites planétaires est ici frontal, et c'est l'un des enchaînements les plus importants du site. En détruisant les habitats naturels, nous multiplions les contacts entre faune sauvage, animaux d'élevage et humains. L'élevage intensif offre des milieux idéaux à la recombinaison virale. L'urbanisation dense et la mobilité internationale font le reste : un agent apparu quelque part est partout en quelques semaines. Autrement dit, nous fabriquons les conditions de la prochaine pandémie — et les épidémiologistes considèrent sa survenue comme quasi certaine à l'échelle des prochaines décennies. Les grippes aviaires hautement pathogènes font l'objet d'une surveillance particulière.

Deux autres risques biologiques méritent d'être nommés, sans les surestimer : les accidents de laboratoire, réels bien que rares, dans un contexte de recherche sur des agents dangereux, et le bioterrorisme, dont l'ampleur reste heureusement très limitée mais qui préoccupe les autorités. Notez que la préparation d'un foyer est, pour l'essentiel, la même quelle que soit l'origine.

La résistance aux antibiotiques, un danger invisible mais bien réel
L'antibiorésistance progresse sans faire la une : une pandémie au ralenti.

3. L'antibiorésistance : l'épidémie silencieuse

Si je ne devais retenir qu'une menace biologique sous-médiatisée, ce serait celle-là. Sous l'effet d'un usage excessif et parfois inadapté des antibiotiques — en médecine humaine comme en élevage —, des bactéries acquièrent la capacité d'y résister. Le phénomène est ancien, mais il s'accélère, et la découverte de nouvelles molécules ne suit pas.

Mesurez ce que cela signifie. Les antibiotiques ne guérissent pas seulement les angines : ils rendent possibles la chirurgie, les accouchements par césarienne, les chimiothérapies, les soins intensifs — toute la médecine moderne repose sur la maîtrise du risque infectieux. Une érosion durable de leur efficacité rendrait à nouveau redoutables des infections aujourd'hui banales. Cette « pandémie au ralenti » est déjà associée à un nombre considérable de décès chaque année dans le monde. Elle n'a ni date de début, ni conférence de presse : elle avance, c'est tout.

4. Un système de santé sans marges

Le troisième volet du risque n'est pas biologique : il est organisationnel. Le système de santé français reste de bon niveau, mais il fonctionne à flux tendu — tensions sur les effectifs soignants, services d'urgence saturés, difficultés d'accès aux soins dans de nombreux territoires, dépendance de la chaîne du médicament à des principes actifs produits à l'autre bout du monde. Nous avons vu, avec les rançongiciels frappant des hôpitaux, à quel point la marge est mince.

Or c'est cette marge qui détermine la létalité réelle d'une épidémie : un agent pathogène modéré tue beaucoup quand les soins ne suivent plus. Ajoutez la dégradation lente de la santé de la population — comorbidités en hausse — et vous comprenez pourquoi la préparation individuelle a ici un sens collectif : chaque foyer capable de se gérer seul quelques jours est un foyer qui n'encombre pas les urgences.

5. S'y préparer concrètement

La bonne nouvelle : la préparation à une crise sanitaire est simple, peu coûteuse, et utile en toutes circonstances. Elle tient en cinq points.

  • Pouvoir rester chez soi une à deux semaines. Réserve d'eau et de vivres tournants : c'est la mesure la plus efficace, celle qui évite d'aller s'exposer dans des files d'attente au pire moment.
  • Une trousse de secours sérieuse. Et pas seulement des pansements : thermomètre, antipyrétiques, solutions de réhydratation, masques, gel hydroalcoolique, gants. Le chapitre Santé, rédigé par Sarah, détaille son contenu.
  • Une avance sur les traitements chroniques. C'est le point que les gens oublient et qui fait le plus de dégâts. Parlez-en à votre médecin et à votre pharmacien, dans le respect des règles de délivrance.
  • De l'hygiène et un plan familial. Lavage des mains, aération, isolement d'un malade dans une pièce dédiée : des gestes triviaux à l'efficacité démontrée. Et une question à trancher avant : qui s'occupe de qui si l'un de vous tombe malade ? Voyez le chapitre Plan familial.
  • Des sources d'information fiables. Les crises sanitaires sont aussi des crises informationnelles : remèdes miracles, paniques, défiance. Relisez la fiche Guerre de l'information. Et gardez votre vaccination à jour, selon les recommandations de votre médecin.

Une note personnelle pour conclure. Le confinement a été, pour beaucoup, une épreuve psychique autant que sanitaire. La préparation matérielle n'a de sens que si elle s'accompagne d'une attention aux liens : appeler ses voisins isolés, organiser l'entraide de rue. La solidarité n'est pas l'inverse de la préparation : elle en est le prolongement naturel.

6. Questions fréquentes

Une nouvelle pandémie est-elle probable ?
Les épidémiologistes considèrent qu'une nouvelle pandémie est une quasi-certitude à l'échelle des prochaines décennies : la question porte sur le quand et sur la gravité, pas sur le si. Les facteurs de risque augmentent — destruction des habitats naturels qui multiplie les contacts entre faune sauvage, élevages et humains, densité urbaine, mobilité internationale, élevage intensif. Les grippes aviaires hautement pathogènes font l'objet d'une surveillance particulière.
Qu'est-ce que l'antibiorésistance et pourquoi est-ce grave ?
C'est la capacité acquise par des bactéries à résister aux antibiotiques, sous l'effet d'un usage excessif ou inadapté en médecine humaine et vétérinaire. Menace silencieuse mais massive, elle est déjà associée à un nombre considérable de décès chaque année dans le monde. Elle menace de rendre à nouveau dangereuses des infections banales et de compromettre des actes médicaux courants — chirurgies, chimiothérapies — qui reposent sur la maîtrise du risque infectieux.
Comment préparer son foyer à une crise sanitaire ?
Les fondamentaux tiennent en peu de choses : une réserve d'eau et de vivres permettant de rester chez soi une à deux semaines, une trousse de premiers secours complète, une avance sur les traitements chroniques du foyer, des masques et du gel hydroalcoolique, un thermomètre, et surtout des routines d'hygiène solides. À cela s'ajoutent un plan familial (qui s'occupe de qui si l'un tombe malade), une vaccination à jour et des sources d'information fiables, car les crises sanitaires sont aussi des crises de l'information.

De la lucidité à l'action

Un foyer autonome quelques jours est un foyer qui n'encombre pas les urgences

Trousse de secours, gestes qui sauvent, hygiène en situation dégradée : le chapitre Santé du guide, rédigé par une infirmière.